La pornographie est un vol d'intimité, qui comble les désirs du cœur par des relations interpersonnelles fortes et saines


Regardez avec des yeux propres et un cœur propre


Par Javier Vidal-Quadras



Discussion sur la renaissance

Peu de temps après la mort de Miguel Ángel, Paolo Veronese peignit une Dernière Cène dans laquelle il avait inclus quelques figures inappropriées (des soldats allemands, des nains, des personnes ivres saignant du nez…). Appelé par l’Inquisition pour avoir traité indignement et sans respect de la vérité un moment tant solennel, et ne parvenant pas à les convaincre, le peintre répondit que dans la Chapelle Sixtine les corps de la Vierge, du Sauveur et de toute l’Église Triomphante étaient aussi représentés nus, avec peu de révérence.

À sa grande surprise, ce fut le même inquisiteur qui sortit en défense de Miguel Ángel avec une réponse qui fut célèbre en son temps :«Tu ne sais pas que dans ces figures il n’y a rien qui ne soit esprit?» Comme Veronese était un type intelligent et savait qu’il était mieux de ne pas entrer dans beaucoup de disputes avec l’Inquisition, il résolut l’incident avec une issue créative: il changea le nom du tableau et l’intitula Le Banquet de Lévi (Lévi, baptisé Matthieu par Jésus, était un riche collecteur d’impôts ami de publicains et de pécheurs).

La nudité dans l’art

La nudité a été un thème permanent présent dans l’art. De l'art pictural et sculptural il passa à la photographie et à l’audiovisuel, même si entre les deux il y a une grande différence: chez les premiers la personne est seulement le modèle, pendant que chez les seconds elle se convertit en l’objet propre exhibé.


Partir de la dignité humaine

Dans l’éducation de nos enfants et de notre propre conscience il est important de distinguer lorsqu’une nudité est, disons le ainsi, éthique, adéquate et lorsqu’elle ne l’est pas. Pourquoi les corps peints par Miguel Ángel sont spirituels et peuvent être contemplés sans pudeur pendant que les corps des photographies d’un calendrier pornographique accroché dans n’importe quel atelier ne le sont pas ?

Un premier aspect à prendre en compte est l’intimité, qui fait partie de la dignité humaine. Lorsque dans les camps d’extermination on voulait déposséder de leur dignité les personnes et les convertir en de simples objets, la violation de la pudeur humaine à travers la nudité forcée était un des premiers recours. En échange, la pudeur ne se viole pas dans une relation sexuelle intime parce que l’amour transforme la pudeur en délicatesse et respecte cet intérieur, ce monde intérieur que le corps d’une certaine manière exprime lorsqu’on le traite comme personne. N’importe quelle nudité devrait respecter cette dimension d’intimité que protège la pudeur.

Le second aspect est la vocation au don de soi, c’est-à-dire, l’amour. Le corps humain exprime une vocation de don de l’homme à la femme et de celle-ci à l’homme à travers l’union d’un corps inséparablement uni à un esprit, c’est-à-dire, à travers l’union et le don de la personne entière. N’importe quelle nudité devrait refléter également cette dimension de don.

Comment cela est transféré à la représentation de la nudité dans l’art ou dans les moyens audiovisuels n’est pas une tâche facile. Il n’y a pas de règles ni de mesures.

Cependant, il y a des oeuvres d’art qui «portent en soi, comme caché, un élément de sublimation qui conduit le spectateur, à travers le corps, au mystère personnel entier de l’homme», pendant qu’il y a d’autres qui le dégradent à un simple objet de plaisir ou de curiosité. Elles sont obscènes, montrent ce qu’elles ne devraient pas ou comme elles ne devraient pas le montrer. Ob-scenus: opposé à la scène, qui ne devrait pas être montré.


L’éthique de l’image et du regard

Il y a, par conséquent, une éthique de l’image, qui incombe à l’artiste, et s’apprécie lorsque celui-ci veut et réussit à transmettre pas seulement le corps humain comme objet, sinon comme personne, essayant de refléter son monde intérieur et sa vocation à l’amour personnel. Le corps humain est toujours digne; sa représentation peut ne pas l’être.

Et il y a aussi une éthique du regard, qui concerne le spectateur comme tâche, et consiste à regarder l’oeuvre d’art ou la reproduction du corps humain nu pas comme «consommateur superficiel des impressions», s’appropriant de la nudité dans le simple niveau de la sensualité, sinon en s’approchant de la vérité de la personne qu’il y a derrière toute reproduction, voyant l’âme et pas seulement le corps. Ou cessant de regarder lorsque l’intention ou le résultat de “l’artiste” (s’il mérite ce nom) est clairement dégradant de la personne humaine.

C’est Benoît XVI qui expliqua l'anecdote de Veronese. L’idée de l’intimité, le don de soi, l’éthos de l’image et du regard et les citations entre guillemets sont la contribution de Jean Paul II. Je ne voulais pas le dire au début pour ne pas réveiller de préjugés. Il vaut mieux que ce soient des post jugements. Le reste, c’est-à-dire, rien, est ma récolte personnelle.


Article original en Espagnol